"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...

lundi 24 octobre 2011

La "bonne" distance



Edward Hall, dans son livre "La dimension cachée", développait les notions de bulle et de distance, celle-là même qui agence les relations entre les personnes, qui définit culturellement et au sens propre la distance qui doit exister entre les personnes pour que la relation soit exempte de peur et de sentiment d'intrusion.
Ainsi nous tenons-nous "à une certaine distance" de l'autre, que ce soit dans un magasin, dans un bureau ou même dans la sphère privée. Il y a des "exceptions", bien entendu, qui nous font "supporter" le contact physique dans une file d'attente ou dans le bus, qui nous permettent de supporter la chaleur de l'autre en s'asseyant sur un siège de WC -encore chaud- après une autre personne, mais ces exceptions ne sont pas toujours bien vécues. Existent aussi les exceptions de la sphère sexuelle et amoureuse. Le "ne faire qu'un" n'est pas qu'une image.

Ma pensée de ce soir ne concerne pas les "bulles" physiques, mais les "bulles psychiques, celles liées à l'affection. Elle concerne l'amour, bien sûr, mais aussi l'amitié et tous les sentiments d'affection que l'on peut décliner, avec cette question fondamentale du "trop", du "peut-être trop", du harcèlement, même. A partir de quand ? de quoi ? de où ? la distance -ou le peu de distance- est-elle acceptable et acceptée ?
Exemple, parce qu'il faut bien donner un ou des exemples : Vous aimez, vous êtes "attiré par", vous "avez envie de...", vous rencontrez un ou une autre et... enfin, vous avez envie et vous ne savez pas si l'autre a le même désir que vous. En amour comme en amitié, cela est très fréquent : J'ai envie de l'appeler mais je ne sais pas si lui a envie que je l'appelle. Je ne sais pas si il ou elle m'attend autant que je l'attends. Est-ce que j'impose mon désir à l'autre ? On peut aller jusqu'au harcèlement, avec ces histoires. Si je lui envoie trois SMS par jour, va-t-il bien ou mal le prendre ? Et s'il me répond, est-ce par lassitude ou par désir ? Lui-dis-je que je suis disponible , que je suis sur msn, que ... Enfin, vous avez compris : Comment savoir si l'autre est aussi proche et a le désir d'être aussi proche de moi que j'ai le désir d'être proche de lui ?

On est bien entendu ici au cœur de l'existence-même des personnes. Exister pour l'autre ! Exister tout court ! S'assurer de sa propre existence pour l'autre.
IL est un exercice difficile pour chacun de nous (sauf pour les pervers, qui ne se posent pas la question) : Aller vers l'autre et ne pas pour autant s'imposer à lui. Au risque de harcèlement. Au risque aussi de le perdre . Quand on aime, on aime en général savoir si l'autre nous aime aussi. Suis-je "harceleur" en criant que j'ai besoin, voire envie de l'autre ? L'autre attend-il autant de moi que j'attends de lui ? Ne suis-je pas "lourd" en insistant ? Rentré-je trop dans sa bulle au risque de lui faire peur, au risque de l'indisposer ?
C'est un questionnement légitime, de se demander si l'on n'en fait pas trop, si l' "autre" est sur la même longueur d'onde, de se demander si l'on entre pas trop dans sa bulle...
C'est arrivé une fois dans ma vie... Nous avions diné ensemble, elle et moi... Je l'avais raccompagnée chez elle, et au moment où elle est descendue de la voiture, j'ai failli lui dire que j'aimerais encore passer un moment avec elle, voire dormir avec elle, et plus si affinité... Mais entrer ainsi dans sa bulle, je n'ai pas osé. Ce n'est que quelques années plus tard qu'elle m'a dit que ce soir-là elle n'avait pas osé entrer dans ma bulle à moi, qu'elle n'avait pas osé me demander de monter chez elle... Distance inconnue entre le désir de l'un et celui de l'autre. La bonne distance à trouver.

Certaines distances (au sens physique du terme) sont bien codifiées. Le respect de celles-ci fait même partie du protocole très strict des rencontres... en politique -au sens large-, par exemple. Le "savoir-vivre" dicte lui aussi ses règles en matière de distance à respecter entre telle et telle personne dans telle ou telle situation. Mais dans les relations privées, celles du commencement d'une histoire amoureuse ou celles de l'amitié-camaraderie-voisinage par exemple elles le sont beaucoup moins. Et cela complique parfois les choses, même si certainement cela les rends aussi plus ... passionnantes.
Les malentendus sont fréquents entre les personnes à ce sujet. Entre le Tu ne m'appelles jamais et le Tu me gonfles avec tes appels à répétition, les couples nouvellement amoureux et même les plus vieux sont parfois sujets à bien des tourments concernant... la "distance". L'équilibre entre le trop et le trop peu n'est pas facile à trouver.
Le couple qui sort de mon cabinet à l'instant me dit Ça fait 17 ans que l'on vit ensemble et on est tout le temps ensemble, au jardin comme dans l'atelier, dans la cuisine comme dans le salon, on ne se quitte pas d'une semelle. Ce couple a raccourci les distances au maximum : même travail, mêmes horaires, mêmes amis... à tel point que madame a eu de la peine à imaginer venir consulter seule et monsieur de la peine à imaginer attendre dans la salle d'attente. C'est ainsi. Moi je ne pourrais pas, j’apprécie aussi d'être sans ma compagne, j'aurais je crois la sensation d'étouffer, mais pas eux. Et tant mieux !

20 commentaires:

  1. Oh comme ta réflexion me parle, tu t'en doutes !!! ;-) Des questions que je me pose en permanence (j'en avais d'ailleurs fait un article il n'y a pas très longtemps), de la discrétion et de la persévérance en même temps, mais jusqu'à quel point ? Pas facile de savoir !

    Par contre, vivre 24h/24 l'un avec l'autre, non ! On a besoin d'espace, de liberté, ne serait-ce que pour mieux se retrouver ! Moi aussi j'aurais vraiment l'impression d'étouffer !

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  2. Un cas de figure que tu n'as pas évoqué : l'ami qui ne répond pas au téléphone quand on l'appelle mais qui, plus tard, te reproche de ne plus l'appeler, de l'abandonner, qui ne comprend pas, n'admet pas que tu aies renoncé à essayer après la 50e fois où tu tombes sur le répondeur.

    On est dans quel cas là ?

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  3. Je ne sais pas dans quel "cas" on est là... mais la "distance" que l'un met par rapport à "l'autre" dépend aussi de l'autre en question. On n'est pas tout seul à gérer cela. Des fois la façon de "voir" les choses est tellement différente que cela crée sans doute des incompréhensions... des erreurs de distance, des erreurs... des erreurs...
    Et puis bordel... tentons de ne pas prendre pour nous ce qui est du ressort et seulement du ressort de l'autre...

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  4. Merci pour le passage chez moi. Souvent on me demande pourquoi j'envoie des textos au lieu de téléphoner. Ce à quoi je répond ainsi, je sais que ne dérange pas trop, car il possible d'y répondre dés que l'on peut.
    Je crois que je ne pourrais pas être 24h sur 24 h avec ma moitie. Je pense que chacun à le droit d'avoir ses moments de solitudes.

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  5. C'est comme dans le Tango .
    La bonne distance c'est essentiel .

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  6. ta note me parle aussi car pendant mon dernier voyage ce sujet était bien présent - mon amie se mettait à l'écart dès qu'il s'agissait d'un couple, faut pas les déranger, ça suscite des jalousies ...surtout surtout pas déranger...et moi un peu plus spontanée ah bon mais ils peuvent le dire s'ils veulent être seul , en voyage de groupe ils savent qu'il y a des gens autour - toujours est-il que je me retenais aussi à la fin on ne mangeait plus avec à la même table, perte de convivialité et surtout mauvaise conscience de ma part ... dommage

    à présent je me pose davantage de questions si je dérange

    bises Beate

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  7. en effet après 4 ans de vie à distance , on se voyait que le weekend ( cela me convenait bien) et après de travailler dans la même entreprise, même pièce et être ensemble tout le temps , ça n'allait plus du temps ..peut-être pas la cause du divorce mais ça n'a pas aider non plus

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  8. Et bien moi Monsieur j'ai à disposition des fiches de comportement à respecter sous peine de crises violentes. Fiches de différentes couleurs selon le temps qu'il fait et mon état du moment.

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  9. "Distance n. La seule chose que les riches soient prêts à accorder aux pauvres, en souhaitant qu'ils la gardent".
    Ambrose Bierce (Le dictionnaire du Diable)

    ComtesseÔPiedNu

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  10. J'ai toujours eu du mal à savoir quelle était la bonne distance avec les autres... J'ai toujours peur de déranger.

    Il me vient une question : est ce qu'il y a une bonne distance entre le psy et ses patients?

    SY

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  11. Je ne connais pas les raisons qui poussent ce couple à consulter un psy mais il doit y en avoir.

    C'est bien un couple fusionnel, un couple ou l'on se dit tout ou beaucoup (quoiqu'on ne doit pas être forcément fusionnel pour tout se dire), un couple soudé, un couple très proche mais ... il faut savoir faire évoluer son couple, être à l'affut des changements de l'autre ou de soi-même pour que cet état de proximité permament ne pèse à aucun des deux. Il faut apprendre à prendre ses distances pour quelques heures, quelques jours et retrouver l'autre aussi proche.

    Evidemment, ça sent le vécu ! Après des années de relation trèèèès proche avec mon mari (nous aussi, 17 ans d'amour), j'ai appris à prendre du temps pour moi, moi toute seule et à le retrouver avec autant de plaisir qu'en partant 3 hs ou 3 jrs avant. Appris aussi à reprendre la relation là où elle s'était interrompue sans devoir refaire une "marche d'approche".

    Il faut pouvoir respirer, avoir des petites bulles d'oxygène à l'extérieur (des ami(e)s, des occupations, des passions) pour ne pas s'étouffer à deux.

    C'est si bon d'être proche mais il ne faut pas s'oublier parce que la personne la plus importante de notre vie, c'est nous-même !

    Massalia

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  12. S'il y a une "bonne distance" entre le psy et son patient ?
    Euh ! Faudrait un livre pour étudier complètement cette question.
    Et puis de quelle "distance" parles-tu ? de la distance physique ? de la distance "psychique", relationnelle ?

    Dans le film "Oui, mais...", le psy téléphone à sa jeune patiente pour lui rappeler qu'elle n'est pas venue à sa consultation et qu'elle ne respecte donc pas le contrat. Il s'en veut de l'avoir fait... A-t-il respecter la "distance" entre sa patiente et lui, n'est-il pas aller trop loin dans l'intérêt qu'il lui porte ? Peut-on parler d'intrusion dans la vie de sa patiente ? etc...
    Quant à la "distance" physique, elle est au moins claire dans son interdiction majeure : pas de relations sexuelles. Ensuite, le "toucher", la distance physique, est une affaire de techniques (pas la même distance en psychanalyse et en bio-énergie, par exemple)...

    Mais la "bonne distance" entre un psy et son patient est le professionnalisme.

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  13. La bonne distance c'est E=MC2 ...
    Aprés on peut se poser des quéstions trés complex au sujet de l'éspace-temps et quoi voyage vers quoi ? ...

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  14. :) Merci pour ta réponse

    Je pensais à la distance relationnelle plutôt.

    SY

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  15. Et bien justement , la distance relationnelle c'est E=MC2 .

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  16. Pas du tout Anonyme du 27 octobre 2011 02:31 !
    Vous vous fourvoyez !

    Selon la théorie des cordes et le facteur d’interactions relationnelle, la distance forcément bonne, est liée à la gravitation :

    Gravitation n. Tendance de tous les corps de s'approcher les uns des autres avec une force proportionnelle à la quantité de substance qu'ils contiennent - la quantité de substance qu'ils contiennent étant constatée par la force de leur tendance à s'approcher les uns des autres. Ceci étant une aimable et édifiante illustration de la manière dont la science, ayant fait de A la preuve de B, fait de B la preuve de A.
    Ambrose BIERCE - Le dictionnaire du Diable

    ComtesseÔPiedNu

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  17. Ne s'agit-il pas plutôt de la "bonne présence"? ce qui pose la question depuis le centre, et non depuis l'autre, de ce que je suis, de ce que je peux donner et accepter de recevoir.
    Et puis, si je reçois 10 sms, trop de paroles, et que cela paraît un peu trop, pourquoi ne pas inviter au silence, tout simplement?

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  18. Et la bonne distance à adopter avec des enfants devenus grands ? Cette question me taraude constamment : appeler souvent, être présent, un peu, beaucoup, indéfectiblement...Beaucoup de questions, peu de réponses.

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  19. L'art de la bonne distance ; cela sonne comme la théorie du porc-épic de Schopenhauer :

    « Un jour d’hiver glacial, les porcs-épics d’un troupeau se serrèrent les uns contre les autres afin de se protéger contre le froid par la chaleur réciproque. Mais, douloureusement gênés par les piquants, ils ne tardèrent pas à s’écarter de nouveau les uns des autres. Obligés de se rapprocher de nouveau en raison du froid persistant, ils éprouvèrent une fois de plus l’action désagréable des piquants, et ces alternatives de rapprochement et d’éloignement durèrent jusqu’à ce qu’ils aient trouvé une distance convenable où ils se sentirent à l’abri des maux ».

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  20. L'amour n'est jamais étouffant et quand on aime une personne elle n'est jamaistrop présente par contre la peur de perdre la personne aimée peut être ressentie comme étouffante si l'autre à une peur pathologique comme dans le film je ne saisplus comment il s'appelle avec Cluzet et Béart il y a le mot enfer dedans je crois

    Elcé

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